Typographie : comment éviter les stéréotypes ?

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La typographie n’est pas exempte de stéréotypes. Certaines polices sont associées à un événement historique marquant, d’autres font systématiquement référence à un pays ou à une culture.

Ce phénomène est parfois désigné sous le nom de « stéréotypographie » : l’association récurrente d’une typographie à une culture, un pays ou un groupe de personnes.

Alors, comment éviter les stéréotypes quand on choisit une typographie ? Voici quelques pistes à explorer pour mieux comprendre la stéréo typographie et ainsi l’éviter.

Qu’est-ce que la stéréo typographie ?

Une police suscite nécessairement des émotions. Elle est utilisée pour appuyer le sens et le ressenti d’une conception graphique. Le pouvoir suggestif de la typographie est donc très important. Dans certains cas, ce pouvoir suggestif donne un sens culturel ou ethnique à une typographie.

Luxe, futurisme, guerre… Nous associons souvent certains choix typographiques à des univers ou des concepts précis. À ce stade, il s’agit encore de simples associations culturelles, parfois stéréotypées, mais généralement dépourvues d’intention offensante.

En revanche, certaines polices sont automatiquement perçues comme « exotiques ». Cette perception ne découle pas de leurs caractéristiques intrinsèques, mais du contexte dans lequel elles ont été utilisées au fil du temps.

En effet, les polices victimes de ces stéréotypes n’ont pas été conçues à l’origine pour représenter une culture, une ethnie ou une population en particulier. C’est leur usage répété dans certains contextes qui a fini par leur attribuer une identité culturelle souvent réductrice.

Le stéréotype est un mécanisme naturel qui nous aide à interpréter rapidement notre environnement. Mais il constitue aussi un raccourci mental réducteur dont il est parfois difficile de se défaire. Nous sommes tous influencés par des préjugés, souvent de manière inconsciente, y compris dans notre perception des polices de caractères.

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Quelques exemples de typographies fortement connotées

La grande majorité des typographies associées à un pays ou à une culture est victime de stéréotypes depuis l’essor colonial de la civilisation occidentale. Ces polices sont nées dans un contexte historique où les représentations des cultures étrangères étaient souvent simplifiées. Leur conception ou leur utilisation a parfois contribué à véhiculer une vision réductrice de certaines cultures.

C’est durant cette période que les typographies aux accents asiatiques, arabes ou encore grecs… voient le jour.

Neuland

L’une des plus marquées n’est autre que Neuland, considérée au début du XXe siècle comme une typographie rebut. Elle est alors fréquemment utilisée dans des visuels représentant les populations africaines ou afro-américaines à travers des codes aujourd’hui considérés comme caricaturaux et discriminants.

Dans les années 1940, elle continue d’être utilisée pour représenter la population noire, mais perd son caractère raciste pour celui de stéréotype.

ChopsUey

Un autre exemple que vous ne manquerez pas de reconnaître, la police ChopsUey qui réduit la richesse de la calligraphie asiatique à quelques signes graphiques facilement identifiables.

Cette typographie dite « asiatique », imite un ou deux petits coups de pinceau afin de former un alphabet qui est en fait bien loin de traduire les nuances et l’harmonie de la calligraphie.

Les polices gothiques

Certaines polices ont également été marquées par leur contexte historique. Les caractères gothiques restent ainsi associés dans l’imaginaire collectif à l’Allemagne du début du XXe siècle et à leur utilisation dans certains supports de propagande nazie.

Parmi les polices appréciées par le nazisme, s’en trouve une bien plus moderne : la Futura, qu’Hitler affectionnait tout particulièrement. Cette dernière ne souffre toutefois plus de son histoire, au contraire des polices gothiques toujours très fortement connotées.

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Choisir sa typographie en évitant les stéréotypes

Pour limiter l’influence des stéréotypes, il peut être utile de choisir ses polices en fonction de leur personnalité typographique :

  • Si vous illustrez un propos empreint de tradition, de respectabilité et de sérieux… utilisez les serifs à empattements (exemple : Garamond).
  • Lorsque le sujet est à la fois moderne et épuré, optez pour une sans serif (exemple : Helvetica).
  • Utilisez les polices fantaisies comme simple ornement de votre création et non pour transmettre les informations essentielles.
  • Les cursives sont idéales pour exprimer les sentiments et la créativité.
  • Utilisez les polices monospace à largeur fixe pour exprimer force et clarté (exemple : Courier New).

Vous pouvez également créer votre propre typographie afin de développer un langage visuel plus personnel et moins dépendant des codes existants.

Les professionnels du design et du marketing ont tout intérêt à réfléchir aux associations culturelles que peuvent véhiculer certaines typographies afin de faire des choix plus pertinents et adaptés à leur message.

Aujourd’hui, de nombreux designers s’interrogent sur l’impact culturel de certains choix typographiques. Une police n’est pas problématique en elle-même, mais son contexte d’utilisation peut parfois renforcer des clichés ou des représentations simplifiées.

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La stéréo typographie : un raccourci visuel à utiliser avec discernement

La stéréotypographie continue d’être largement utilisée car elle permet de transmettre rapidement une ambiance, une origine géographique ou un univers culturel. Ce raccourci visuel peut être efficace, mais il comporte aussi le risque de réduire une culture à quelques codes graphiques facilement reconnaissables.

Sans renoncer à la force évocatrice de la typographie, les designers peuvent chercher des alternatives plus nuancées, capables d’évoquer un contexte ou une identité sans s’appuyer uniquement sur des clichés visuels. L’objectif n’est pas d’interdire certaines polices, mais de comprendre les messages qu’elles véhiculent afin de les utiliser de manière réfléchie.

Faire appel à un graphiste peut alors aider à choisir une typographie plus juste, en cohérence avec le message et les intentions du projet.

Aude Marty

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